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Bijoux fantaisie

BIJOUX FANTAISIE

Sacs, bracelets, colliers ou montres : les bijoux fantaisie ont envahi nos vies et nos vitrines, mais leur éclat est souvent terni par leurs impacts sociaux et environnementaux. Petit guide vert des accessoires chics et écologiques...

La mode, existe partout dans le monde, sous des formes très variées, stimulant la création à travers les époques. Mais l’exploitation de ses codes par l’industrie, pousse d’une part les fabricants à négliger les aspects sociaux et environnementaux, et d’autre part les citoyens à jeter et surconsommer. Les accessoires de mode et bijoux fantaisie, réalisés à partir de dérivés du pétrole (plastique souvent), par une main d’œuvre lointaine et « bon marché », ne sont pas durables. D’autant que les marques les démodent volontairement, à une cadence aussi rapide que possible, afin de vendre la prochaine collection.
Heureusement, le marché veut répondre à la demande pressante d’un public en quête de sens. Nos sacs, bracelets ou colliers, valent surtout par leur dimension symbolique : ce qu’ils disent de nous. Or certains créateurs parviennent aujourd’hui à réconcilier mode et éthique, dessinant des objets aussi branchés que durables. Sacs en bâche recyclée, colliers en ivoire végétal, montres à remontage manuel et autres bagues en os de chameau ou  corne de zébu, issus de filières équitables et écologique, contribuent à cette nouvelle esthétique. Autant de produits plus durables, à condition de choisir des « basiques », qui ne suivent pas les cadences infernales des renouvellements de collection.

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Le saviez-vous ?

  • En France, la consommation des bijoux fantaisie, qui connaît un grand succès, a augmenté de 10% en 5 ans. Les joailliers de luxe eux-mêmes s’en inspirent et créent des bijoux dits de « haute fantaisie ». Ces derniers n’ont rien de commun avec les pacotilles vendues au kilo, si ce n’est la liberté d’associer couleurs et matières, en s’affranchissant de toute convention.

  • Comme les vêtements, les accessoires de mode sont soumis à une logique de collection destinée à renouveler l’offre régulièrement. Aujourd’hui, cette démarche poussée à son paroxysme, conduit les marques à démoder jusqu’à deux fois par an leurs collections, poussant au passage les consommateurs à se débarrasser prématurément de produits en bon état. Ce mécanisme, réglé comme du papier à musique, fait intervenir les cahiers de tendance, relayés par les « créateurs » puis par un battage publicitaire efficace, aussitôt soutenu par les médias et en particulier la presse féminine.

  • La majorité des bijoux fantaisie vendus sur le territoire français, arrivent de pays lointains et en particulier de Chine. L’opacité de leurs conditions de production s’apparente à celle rencontrée dans le secteur des vêtements, ou celui des jouets. Aux États-Unis, la Commission américaine de protection des consommateurs (CSPC) a rappelé en août 2007 près de 22000 bijoux fantaisie fabriqués en Chine, dont la teneur en plomb était potentiellement dangereuse pour la santé.

  • L’achat de bijoux ornés de coraux, qu’ils viennent de Méditerranée ou d’autres mers, menace directement la biodiversité des fonds marins. On trouvait autrefois ces reliefs issus du règne animal, à seulement 30 ou 40 mètres de profondeur, dans la grande bleue. Ils ne sont aujourd’hui visibles qu’à partir de 150 à 200 mètres de profondeur. Outre l’habitat accueillant que représentent les coraux, pour plus de 93000 espèces vivantes (plantes et animaux), on ignore souvent qu’ils constituent d’authentiques puits de carbone. Leur recul aggrave donc le réchauffement climatique. Une spirale inquiétante, dans la mesure où le corail, véritable forêt de mer, est lui même menacé par le réchauffement, qui acidifie les océans.

  • Bien qu’il soit unanimement condamné et fasse l’objet de sanctions sévères, le trafic d’ivoire reste une activité répandue. Ce marché en tension a vu le prix du kilogramme d’ivoire multiplié par sept, entre 1989 (76 €) et l’année dernière (570 €). Au Congo-Brazzaville, au Cameroun, au Gabon et en République Centrafricaine, les circuits mafieux très actifs impliquent aussi bien les habitants, que les gardes forestiers. Estimé à moins d’un euros par jour, le revenu moyen des paysans de cette région ne leur permet pas de subvenir aux besoins de leurs familles. Dans ce contexte, la vente d'une défense d'ivoire, même si, à ce stade de la filière, elle ne rapporte guère plus de quelques dizaines d’euros, représente une manne conséquente.
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Bonnes nouvelles

  • Les accessoires de mode employant des matériaux de récupération deviennent tendance. L’exemple le plus frappant est sans doute celui des sacs en bâche publicitaire recyclée, que l’on met à l’épaule au moyen d’une ceinture de sécurité tout droit sortie de la casse. Vu sous cet angle, un tel accessoire peut avoir l’air bon marché plutôt que branché, mais le recyclage attire aujourd’hui de jeunes créateurs inventifs. Ils subliment ces matières et leur donnent un vrai style. Pour preuve, les sacs de la marque Bilum, designés par Hélène de Moureyre et assemblés par les ouvriers handicapés, dans le cadre des Centres d’Aides par le Travail. Utilisant elle aussi des bâches publicitaires usagées, la marque Reverse ajoute son grain de sel en joignant une enveloppe au sac. Elle servira à renvoyer le sac usagé, plutôt que de le jeter. La marque s’engage à le recycler. Et la boucle est bouclée. 

  • L’univers de la mode redécouvre le tagua, un matériau renouvelable qui représente un excellent substitut à l’ivoire, issu des défenses d’animaux menacés. Le tagua, cette noix qui pousse sur un palmier (Phytelephas aequatorialis) très répandu en Equateur, en Colombie et au Pérou, s’avère si robuste qu’elle a servi pendant près d’un siècle à confectionner des boutons, avant d’être remplacée par le plastique. Phytelephas signifie en latin éléphant végétal, tant les propriétés de cette noix se rapprochent de celles de l’ivoire. Un seul palmier de ce type produit chaque année environ 20 kilogrammes de graines. Cela équivaut au poids des défenses récupérées sur un éléphant de 6 tonnes. Une fois les noix de tagua sculptées, le résidu n’est pas jeté : moulu en poudre, il sert comme aliment pour les animaux. Les tagueros – cultivateurs - conservent aussi les coquilles, employées ensuite comme combustible.

  • L’attrait pour les bijoux « ethniques » a aussi remis les graines (mucuna ou lumbang entre autres) au goût du jour. Leur prix raisonnable en fait d’excellentes perles végétales, que les transformateurs façonnent et sculptent à leur guise. De nombreux arbres offrent une production de graines abondante, qui autorise leur récolte. De même, la fin de vie de ce matériau biodégradable n’implique aucune nuisance pour l’environnement et la santé. En revanche, la provenance de ces produits est à surveiller pour deux raisons : limiter le nombre de kilomètres parcourus et s’assurer autant que possible qu’ils proviennent d’une filière équitable.
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Ce que vous pouvez faire

  • Le choix d’accessoires et d’ornements issus du commerce équitable apporte une manne salutaire aux producteurs locaux, dans les pays du tiers-monde, non seulement sous la forme de revenus sonnants et trébuchants, mais aussi en matière de développement local. L’exemple des sacs, ceintures et colliers fabriqués par Conserve est éloquent : cette activité offre à 300 familles de la ville de Delhi des revenus leur permettant de sortir durablement de la pauvreté. Ce commerce a également permis la création d’une école. Mais ces produits vendus en France par les boutiques Alter Mundi  et bientôt par la marque Article 23, gagnent encore en valeur lorsque l’on sait que la matière première n’est autre que les sacs plastiques usagés, qui polluent les rues de la capitale indienne. D’autres marques importent leurs bijoux et accessoires dans le cadre du commerce équitable : notamment Cruselita, Ikken, Zaza Factory et bien d’autres encore.

  • Connaissez vous le cuir végétal ? Ce tissu imprégné de latex extrait de l'hévéa, puis fumé dans un four artisanal présente des propriétés équivalentes à celles du cuir animal. Plusieurs marques comme Treetap utilisent ce matériau écologique, via des filières équitables. Porte monnaies et sacs à main peuvent aussi intégrer de la soie sauvage, un tissu aussi noble et robuste que renouvelable. Enfin, l’été venu, n’oubliez pas la vannerie, qui offre sans doute le meilleur rapport prix/solidité/écologie : le panier est de retour !

  • L’achat de bijoux en bois évite l’emploi de ressources rares ou polluantes, telles que les dérivés de la pétrochimie, qui s’intègrent toujours dans la majorité des bijoux fantaisie. Le manguier, l’eucalyptus, le cocotier, l’ébène ou l’acajou comptent notamment parmi les essences qui entrent dans la composition de nombreux bijoux. Gardons cependant à l’esprit la menace qui pèse sur les forêts primaires : les bois choisis, doivent à tout prix venir de forêts gérées durablement. De même, privilégions, lorsque c’est possible, les provenances les plus proches, pour éviter les émissions de CO2 provoquées par les transports longs courriers.

  • Si les matières premières issues d’espèces animales menacées sont à éviter, on peut en revanche privilégier les cornes, les dents, le cuir et même les os de certains animaux terrestres et même de poissons. L’usage de ces matières, s’il s’apparente à de la récupération, après l’abattage d’animaux d’élevage par exemple, ne représente pas de danger pour la biodiversité. À Madagascar notamment, où l’on compte plus de zébus que d’habitants, les cornes de ce mammifère, une fois polies et modelées, composent de magnifiques parures. En Inde ou en Afrique, on utilise également les os de chameaux, très robustes. Sans compter les os de buffles, les dents de phacochères, la peau de poisson ou encore les coquillages.

  • Le choix de perles semi-précieuses peut s’avérer judicieux bien que la traçabilité de ces dernières soient rarement assez transparente, pour donner une opinion tranchée sur l’opportunité de cet achat. Cela dit, certains matériaux apportent d’avantage de garanties, comme les perles de terre cuite, qui emploient une ressource disponible en grande quantité. Quant aux perles de verre ou en pâte de verre, elles utilisent un matériau recyclable à 100%.

  • Allonger la durée de vie des accessoires ou des bijoux allège leur empreinte écologique. Pour cela, mieux vaut éviter de suivre la tendance à la lettre, le doigt sur la couture du pantalon. Ce qui ne signifie pas être ringard, mais plutôt faire des choix avisés et surtout privilégier les fameux « basiques », ces accessoires qui ne se démodent pas et que l’on peut ressortir du placard, en suscitant toujours le même intérêt que lorsqu’ils étaient neuf. De tels bijoux peuvent aussi être vendus ou achetés d’occasion, dans certaines boutiques, en brocante, aux puces ou encore sur internet. De même, les colliers, broches ou bagues démodés ou dépareillés, peuvent aussi être restaurés. Une simple transformation chez le bijoutier donne naissance à une pièce unique, neuve, mais toujours porteuse d’une valeur sentimentale.

  • Lorsque vous faites l’acquisition d’une nouvelle montre pour vous, ou à offrir, pensez à l’énergie qu’elle consomme. Les « piles bouton » que réclament la plupart des montres, si elles ne sont pas triées, peuvent souiller, du fait du mercure qu’elles contiennent, un mètre cube de terre et 400 litres d’eau pendant 50 ans. Si le fait de trier les piles constitue bien sûr une première étape, on peut aussi réduire la pollution à la source, en évitant tout simplement de produire cette pile aussi petite qu’encombrante pour la nature. Les montres solaires et les montres automatiques se rechargent toutes seules, grâce respectivement à l’énergie solaire et au mouvement du poignet. Plus écologique encore, la montre mécanique à remontage manuel est malheureusement de plus en plus difficile à trouver.