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Crevettes

CREVETTES

Repensez votre consommation de crevettes !

Produit-fétiche des consommateurs, la crevette a le vent en poupe dans les pays occidentaux : en 2001, elle a remplacé le thon comme produit de la mer préféré par les consommateurs américains et la consommation de ces crevettes a augmenté de 300% dans les dix dernières années aux Etats-Unis, en Europe de l’Ouest et au Japon. En valeur, elle est désormais le premier produit de la mer échangé sur le marché international devant le thon et le saumon. Mais ce petit crustacé est aussi, hélas, emblématique des dégâts de la pêche industrielle et de la mondialisation de l’alimentation, au point que certaines ONG environnementales placent désormais la réduction drastique de notre consommation de crevettes en tête d’une courte liste d’actions à mener pour changer l’impact de nos modes de vie sur la planète !

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Le saviez-vous ?

  • Au total, plus de 4 millions de tonnes de crevettes sont vendues chaque année dans le monde, dont les trois quarts sont des crevettes sauvages pêchées au moyen de filets coniques que les bateaux traînent dans les estuaires et les baies , avec des conséquences sur les fonds marins qui s’apparentent à la déforestation en surface (prairies d’algues et récifs coralliens endommagés, par exemple).
  • Selon un rapport de la FAO sur la pêche de crevettes dans le monde en 2008 ; la production mondiale de crevettes, à la fois de capture (60%) et d’élevage (40%), s’établit à quelque 6 millions de tonnes, dont environ 60% destinées au marché international. L’Asie est la première région de pêche de crevettes : la Chine, avec quatre autres pays asiatiques, représente 55% des prises mondiales.
  • La pêche industrielle de la crevette entraîne la disparition de milliers d’autres espèces : selon la FAO, dans les zones tropicales, il est courant que 10 kilos de poissons, tortues marines et autres prises dites « annexes » soient pêchés pour un seul kilo de crevettes et au niveau mondial, la pêche à la crevette en chalut est responsable de 27% de la "pêche accidentelle" mondiale (tout ce qui est pêché puis rejeté à la mer), alors que les crevettes ne représentent que 5% des produits de la mer effectivement vendus dans le monde, selon l’Ifremer, l’Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer.
  • L’élevage est une alternative aux techniques de pêche dévastatrices et plus de la moitié des crevettes mises sur le marché français sont issues de l’élevage. Quelques 2,4 millions de crevettes sont élevées chaque année dans des fermes aquicoles. Mais 90% des élevages sont situés en Asie (Indonésie, Thaïlande, Philippines, etc.), dans des pays en développement aux conditions climatiques favorables (la croissance des crevettes est d’autant plus rapide que la température de l’eau est élevée) où ils sont passés à l’échelle industrielle grâce aux techniques modernes (reproduction artificielle, nutrition, nouvelles technologies pour l’aération et le renouvellement de l’eau des bassins) et au soutien des gouvernements et des instances internationales (FAO, Banque Mondiale,…). Le problème est qu’ils conduisent à la destruction massive des récifs coralliens et des forêts de mangrove. Sous l’effet de ces élevages, mais aussi de l’urbanisation et du tourisme, les surfaces recouvertes de mangroves rétrécissent en effet de 2% à 8% par an en Asie du Sud-Est et ont globalement été détruites de moitié dans les pays tropicaux et subtropicaux, dont elles recouvraient autrefois les trois quarts des côtes, protégeant les côtes de l’érosion et les populations des raz-de-marée. A cet impact important s’ajoute l’utilisation par ces élevages intensifs de crevettes de pesticides, antibiotiques et autres fertilisants chimiques responsables d’une pollution qui endommage les récifs coralliens, appauvrit les eaux côtières et détruit un peu plus la biodiversité locale. Les étangs d’élevage de crevettes sont abandonnés au bout de 3 à 5 ans car il se forme des dépôts importants de boue toxique au fond des bassins (mélange d’excréments et de produits chimiques) formant ainsi une zone inexploitable. Ainsi, les crevettes d’Asie n’offrent aucune garantie sur les conditions de pêche ou d’élevage.
  • Les élevages ont aussi des conséquences sociales néfastes dans ces pays. Ils génèrent certes des richesses importantes, mais la course aux prix bas fait la loi et les bénéfices ne restent pas dans les pays producteurs, d’autant plus que les crises sanitaires se succèdent dans ces pays, ruinant les plus petites exploitations (l’utilisation massive des médicaments n’a pas empêché les maladies de se répandre dans les élevages trop denses et trop proches). Des ONG de développement comme Oxfam ou Save the Children ont en outre mené des campagnes pour dénoncer les violations des droits de l’Homme perpétrées dans ces fermes géantes, au Bangladesh notamment (travail des enfants, rémunérations insuffisantes, etc.) .
  • Enfin, la crevette est le produit de la mer qui voyage le plus, symbole de la mondialisation du marché de la pêche, causant indirectement beaucoup de pollution atmosphérique : 72% des crevettes consommées dans les pays occidentaux viennent d’Asie. Et même lorsqu’elles sont pêchées en Norvège, les crevettes sont ensuite transportées par la route jusqu’au Maroc pour y être décortiquées et ensachetées, avant d’être à nouveau transportées en camion jusqu’au nord de l’Europe, pour y être consommées… Au total, plus de 150 litres de gasoil sont dépensés pour parcourir 10 000 kilomètres avant que les invertébrés atterrissent dans les assiettes.
  • Selon les calculs du biologiste J. Boone Kauffman, un sachet de 450 grammes de crevettes surgelées est source d’une tonne de dioxyde de carbone, entre la déforestation ou les dégâts environnementaux causés par l’élevage, les émissions de gaz à effet de serre qu’il engendre mais aussi de l’impact de la nourriture, des emballages, du stockage et de la logistique nécessaires pour les envoyer à l’autre bout du monde.
  • Dernier point, utile à savoir : crues et congelées ou cuites et réfrigérées, les crevettes peuvent contenir des additifs chimiques qui servent le plus souvent à prolonger leur conservation. Ces produits (benzoates, sorbates et autres sulfites) sont autorisés en quantité limitée mais leur présence doit être mentionnée sur l’étiquette… Par contre, les polluants industriels des eaux marines (métaux lourds comme le plomb, le cadmium ou le mercure) peuvent aussi se retrouver dans les crevettes, même si les études menées par les magazines de consommateurs sur des produits courants n’ont rien montré d’alarmant sur ce point . Soyez vigilant(e) !
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Bonnes nouvelles


  • En 2002, la FAO s''est alliée au Programme des Nations Unies pour l''environnement (PNUE) et au Fonds pour l''environnement mondial (FEM) pour lancer un projet de 9 millions de dollars visant à réduire les prises accessoires dans les pêcheries crevettières. La FAO fournit aux crevettiers des chaluts et des engins modifiés et organise des ateliers avec les pêcheurs et les propriétaires de bateaux pour discuter de leur utilisation la plus appropriée, ainsi que des modifications à apporter dans les techniques de pêche. Cela a déjà permis un recul des captures accessoires de 50 % dans certains cas. En appliquant des modifications aux engins de pêche, aux quotas de pêche, aux interdictions de rejets et aux améliorations de la manutention et commercialisation des prises accidentelles, des résultats remarquables ont déjà eu lieu.
  • Le WWF a travaillé sur une certification « écologique » de la culture de crevette, le Shad (pour Shrimp Aquaculture Dialogue), afin de réduire l’impact environnemental de l’industrie de la crevette. Cela a abouti aux « Principes internationaux pour un élevage responsable des crevettes » publiés en 2006. Mais cette certification a aussi ses détracteurs : plusieurs associations ont précisé dans une lettre ouverte au WWF que la certification pourrait causer plusieurs dégâts notamment faire augmenter la demande en crevettes tropicales désormais estampillées du logo WWF, et finalement accélérer l’expansion de cette industrie.
  • Les pêcheries de crevettes de l’Australie et certaines pêcheries de crevettes d’eaux froides sont parmi les mieux gérées au monde, car elles sont fondées sur la participation des pêcheurs, la gestion des prises accessoires, la réduction des rejets et l’utilisation de droits de propriété dans l’aménagement.
  • Madagascar, s''est aussi lancé dans l’élevage, a tiré les enseignements des erreurs d’autres pays producteurs : pour garantir aux distributeurs le respect des normes de qualité exigées par le marché international, le gouvernement a imposé aux investisseurs des critères environnementaux stricts. Et pour la pêche au chalut, le GAPCM (Groupement des Aquaculteurs et Pêcheurs de Crevettes de Madagascar) a imposé une augmentation du maillage des filets et l’emploi de dispositifs pour éviter d’attraper des tortues, de sorte que la flotte industrielle est en phase avec les recommandations du MSC (Marine Stewardship Council), un label écologique pour les produits de la pêche. Mais les experts affirment malgré tout que ces dispositifs contribuent à appauvrir la population importante de quelque 60 000 pêcheurs locaux, incapables de s’adapter au travail salarié dans les fermes aquacoles ni de réfrigérer leur pêche pour la vendre…
  • L’écocertification environnementale des élevages progresse partout dans le monde, et notamment pour les élevages de crevettes en Asie. Quelques initiatives internationales ont été lancées dans ce sens  mais aucun label n’émerge pour le moment de manière forte pour les consommateurs…
  • Par contre, le Label Rouge est disponible pour certaines crevettes, élevées selon un mode semi-intensif (5 à 10 crevettes/m2 contre plus de 50 en élevage intensif) dans des bassins à fond naturel, avec une  production limitée, une alimentation basée sur la production naturelle du bassin et des nutriments d’origine marine et végétale (sans OGM). D’autres crevettes, de Madagascar notamment, portent le label AB (agriculture biologique), qui garantit des densités raisonnables (8 à 13 crevettes/m2), un recours limité aux antibiotiques, et l’alimentation à base de produits végétaux certifiés bio et de farine de poissons issus de stocks sauvages gérés par quotas de pêche .
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Ce que vous pouvez faire

  • Décidez déjà de réduire votre consommation de crevettes, a fortiori si elles viennent d’Asie et n’offrent pas de garantie particulière sur les conditions de leur pêche ou élevage. L’ONG américaine Center for a New American Dream a calculé qu’à chaque fois que 1000 personnes décident d’arrêter de manger des crevettes, c’est plus de 5,4 tonnes de produits de la mer qui sont épargnés chaque année.
  • Faute de label précis et si vous ne pouvez pas faire sans crevettes, préférez les toutes petites crevettes roses pâles (souvent utilisées pour les cocktails avec avocat ou pamplemousse), issues des eaux froides, aux gambas ou grosses crevettes type « géantes tigrées » et « king prawns » qui sont sombres lorsqu’elles sont crues et viennent des eaux plus chaudes des pays tropicaux. La pêche aux toutes petites crevettes présente aussi des risques de prises annexes, mais si vous choisissez des crevettes d’Islande, vous avez plus de chances que les techniques de pêche ou d’élevage soient respectueuses de l’environnement.
  • Enfin et surtout, préférez les crevettes biologiques (en provenance par exemple des élevages situés en Equateur ou au Vietnam), issues de Madagascar (où beaucoup d’efforts sont actuellement déployés pour rendre les pêcheries  plus respectueuses de l’environnement, comme expliqué plus haut) ou encore d’Islande (de nouvelles techniques de pêches évitant les prises annexes y sont en cours de déploiement) . Et sensibilisez votre poissonnier en le questionnant sur l’origine des produits qu’il vend et en lui demandant des crevettes portant le Label Rouge ou le label AB: elles seront certes un peu plus chères mais comme vous en achèterez moins souvent.
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