1. LA PREPARATION DES FUNERAILLES EN AMONT
Ecologie ou pas, l’organisation des funérailles est toujours difficile pour la famille du défunt, et la gestion des détails pratiques et des formalités est une source de stress supplémentaire après le choc de la disparition. D’ailleurs, 58% des Français pensent aujourd’hui qu’il est important d’organiser ses obsèques pour qu’elles n’incombent pas à leurs proches. Cette difficulté est accrue pour des funérailles « vertes », car on s’éloigne de la « norme» et les interlocuteurs habituels dans ces occasions (entreprises de pompes funèbres par exemple) ne sont pas encore conscients, la plupart du temps, des alternatives existantes. Raison de plus pour anticiper, faire connaître à vos proches vos dernières volontés voire même leur faciliter le travail en prenant quelques dispositions simples consistant au minimum à identifier les alternatives et les prestataires éventuels. Car si en Grande-Bretagne, des centres d’information dédiés aux funérailles vertes (comme
The Natural Death Centre, créé en 1991) et des entreprises spécialisées (voir
www.greenendings.co.uk) commencent à apparaître, il n’en est encore rien en France…
2. LE DON D'ORGANES
Donner des organes après sa mort, afin que d’autres puissent continuer à vivre, est sans doute la forme la plus noble de recyclage qui soit. D’après les estimations, 5000 malades sont en permanence en attente d’une transplantation en France, et on compte moins de 2000 personnes. Les organes qui peuvent être donnés sont le cœur, les reins, les poumons, le pancréas et les intestins, mais aussi la peau, les os et même la cornée. Des conditions (santé, habitudes type cigarettes ou alcool, etc.) sont évidemment posées pour le don d’organe, qui est par ailleurs très sérieusement réglementé. Dans tous les cas, le donneur doit avoir donné son accord avant sa disparition, d’où l’importance d’avoir pris ses dispositions en amont et d’avoir informé les proches afin qu’ils ne s’opposent pas à cette décision. En France, c’est l
’ADOT (Association pour le Don d’Organes et de Tissus Humains) qui gère cette activité évidemment gratuite.
Une alternative est de donner son corps « entier » à la science, il sera alors utilisé pour la recherche ou l’enseignement en médecine (voir la procédure à suivre sur
www.afif.asso.fr/francais/conseils/conseil15.htm)
3. LA PREPARATION DU CORPS
Parmi les pratiques courantes de préparation des corps avant l’enterrement, toutes ne sont pas écologiques : ainsi la thanatopraxie (héritière moderne des pratiques ancestrales d’embaumement) est en pleine expansion - 100 000 thanatopraxies auraient été effectuées en 2003 en France contre 400 soins de conservation environ en 1963 . A terme, on estime que 30 % des corps seraient ainsi traités dans l’hexagone. Mais cette pratique dépend des régions (développée en France et en Grande-Bretagne, elle est rare en Allemagne et en Espagne, rarissime en Autriche ou Grèce, et interdite ou non utilisée en Belgique, Danemark, Hollande, etc.) et les populations concernées, certaines religions (religion islamiste, bouddhisme) la refusant sauf en cas de transport du corps sur de longues distances.
L’objectif de cette pratique est de ralentir provisoirement le processus naturel de putréfaction qui se met normalement en œuvre dès la mort, en préservant le corps du défunt (notamment pour présentation à la famille ou lorsqu’il doit être transporté, exposé, etc.) et en détruisant les bactéries qui pourraient s’y développer pour diminuer les risques sanitaires (environ 90% de germes en moins).
En pratique, la thanatopraxie consiste pour le professionnel habilité à drainer le sang et les autres fluides corporels et à injecter dans les principales artères une solution de différents ingrédients chimiques dont le principal est souvent le formaldéhyde, un produit notoirement cancérigène pour ceux qui le manipulent. Outre les risques sanitaires pour le praticien qui semblent aujourd’hui sous-estimés (la préparation des morts restant tabou, il n’existe pas de suivi épidémiologique des opérateurs), d’autant plus que la thanatopraxie est encore souvent pratiquée en dehors des salles réservées à cet effet (1/4 des soins sont faits à domicile), il est possible que ces produits se retrouvent ensuite dans l’environnement : des études de l’Université de l’Ohio ont ainsi conclu qu’ils se retrouvaient dans le sol des cimetières, en très faible quantité…
Les autres techniques utilisent la réfrigération des corps, avec recours au froid positif pour une conservation de courte durée ou le froid négatif pour une conservation de durée plus longue (problème médico-légal par exemple).
4. LE CERCUEIL
540 000 décès par an dans l’hexagone, au rythme d’un mètre cube de bois pour six cercueils : le marché français du cercueil utilise donc chaque année près de 100000 stères de chêne, pin ou frêne (la plupart du temps issus de forêts françaises ou européennes) mais aussi d’acajou et autres bois exotiques importés de l’autre bout du monde… pour finir enterrés ou consumés dans l’hexagone. La législation française impose que les cercueils soient fabriqués à partir de matériaux biodégradables et qu’ils répondent à des caractéristiques d’étanchéité déterminant l’épaisseur des planches au millimètre près. Mais si le bois est évidemment naturel et biodégradable, il n’en va pas de même pour les autres éléments du cercueil : vernis, capiton intérieur et ornements par exemple. Tout cela, pour un produit qui ne « sert » en réalité que quelques jours.
Du coup, des alternatives émergent : ainsi, un cercueil écologique a été lancé en France par Thierry Domenget, fabricant de cercueils biodégradables à Tours, qui propose depuis 2006 un cercueil en carton alvéolaire qui est aussi moins cher qu’un cercueil traditionnel (300 euros contre 500 euros en moyenne). Succès mitigé en France, où le montant investi dans les funérailles est encore vécu comme un signe extérieur de l'affection portée au défunt, mais bonnes ventes en Grande-Bretagne où les funérailles écologiques ont le vent en poupe. En Belgique, une petite entreprise à but non lucratif,
Arteus Europa, propose depuis 2005 des cercueils et urnes écologiques, mais aussi des sarcophages tout en rondeur et en couleur. Au Canada, trois jeunes femmes ont créé l’entreprise de cercueils
Le Versant qui propose des cercueils en bois récupéré, sans clous ni vis, aménagés avec du tissu végétal, des teintures écologiques et une finition à la cire d’abeille. En Grande-Bretagne, l’entreprise
Ecopod, créée par une militante de l’accouchement naturel qui s’est intéressée à la fin de vie, propose également des sarcophages légers et conçus pour être biodégradables. En Allemagne,
Uono propose un produit similaire à base de toile de jute non traitée et de résine naturelle. Enfin, signe que l’idée fait son chemin partout dans le monde, un
projet de cercueil « vert » a été lancé en Afrique du Sud par une organisation écologiste, le Working Water Program (WWP), avec le soutien du gouvernement : les cercueils seront fabriqués, à des prix dix fois inférieurs aux modèles traditionnels, à partir du bois provenant d’arbres abattus pour préserver la pureté des mares et des rivières.
5. L’ENTREPRISE DES POMPES FUNEBRES
Devant ces alternatives et aussi pour faire face au fait que l’impact environnemental de leur industrie est de plus en plus sur la sellette, les acteurs principaux du marché s’engagent progressivement dans une responsabilité environnementale « du berceau à la tombe » … Pour preuve : les Pompes Funèbres Générales et Roblot, marques phares du groupe OGF, n°1 français des services funéraires et premier producteur français de cercueils (environ 100 000 obsèques et 9 500 arbres par an à leur actif) affichent depuis 2006 des « engagements en matière de fabrication de cercueils », avec des bois massifs français ou européens (à 97%) et éco-certifiés, l’exclusion de bois aggloméré contenant de la colle créant des émanations nocives, une fabrication sans solvant dans les teintes, de la colle biodégradable, un faible grammage de vernis, des capitons issus de matière d’origine naturelle (acétate issu de la cellulose du bois et ouate en amidon de maïs ou coton, qui représentent déjà 15% des ventes). A cela s’ajoutent des partenariats qui participent activement au reboisement des forêts françaises, avec l’Ecole Supérieure du Bois de Nantes, et le groupe explique même qu’en consommant « des arbres d’essences nobles mais d’aspect ou de taille qui les rendent inutilisables dans l’ameublement, l’industrie du cercueil permet de renouveler les forêts et d’améliorer la qualité de l’air ».
6. LA CREMATION
Sous l’effet conjoint de la baisse de l’influence religieuse (les religions islamiste et juive interdisent la crémation, la religion catholique ne l’autorise que depuis 1963), de la modification des modes de vie et de la pression foncière (à Paris, les concessions à perpétuité s’achètent au même prix au mètre carré, quasiment, que l’immobilier) poussant les grandes villes à supprimer les concessions à perpétuité par manque de place (sur 10m², on ne loge que 4 cercueils, contre 200 urnes), une part croissante de Français choisissent désormais la crémation : celle-ci concerne ainsi 27% des décès aujourd’hui (contre 18% en 2000) et 41% des Français encore en vie souhaitent être incinérés . Mais celle-ci est assez controversée pour ses impacts environnementaux : en Grande-Bretagne, où elle est choisie par 70% des personnes, plus de 400 000 cercueils de bois partent en fumée chaque année, occasionnant des émissions de gaz à effet de serre non négligeables qui ont obligé le gouvernement à légiférer (un "Environmental Protection Act" contrôle de près les quantités de CO2 émises par les crématoriums depuis 1990). Même chose en Inde, où la crémation concerne 85% des décès et où des offres alternatives apparaissent avec pour différence principale des technologies permettant de réduire de 60% les émissions de gaz à effet de serre. La crémation consiste en effet à brûler le corps à l’intérieur du cercueil pendant une heure et demie, à plus de 1000 degrés, ce qui entraîne une forte consommation d’énergie (gaz naturel, fuel ou bois selon les pays, pour le fonctionnement du four), et des émanations de CO2 significatives (plus persistantes dans notre environnement que les émanations de méthane liées à la décomposition naturelle des corps). Et c’est sans compter la pollution additionnelle issue de la combustion des ingrédients toxiques (vernis, teintures, peintures biocides, plomb, etc.) présents sur certains cercueils…
7. QUELLES ALTERNATIVES ?
En Suède, une entreprise créée en 2005,
Promessa Organic AB, propose de congeler le corps dans du nitrogène liquide, puis de le réduire en poudre déshydratée, d’en enlever tous les morceaux de métal qui peuvent s’y trouver (plombages dentaires, agrafes chirurgicales, etc.) avant de placer les restes organiques dans une urne biodégradable qui sera enterrée dans un cimetière forestier, où l’ensemble est transformé en compost en moins d’un an.
8. LE CIMETIERE
Du fait de la pression foncière, les grandes villes ont tendance à supprimer les concessions à perpétuité dans les cimetières par manque de place, et comme la crémation a une empreinte écologique non négligeable, par la consommation de bois ou de ressources fossiles qu'elle engendre, et à cause de la pollution par les émissions, des alternatives au cimetière traditionnel voient timidement le jour. En Grande-Bretagne, les
"Woodlands-Burials" proposent de remplacer la pierre tombale par un arbre planté lors de la cérémonie, et le bois du cercueil par des matériaux alternatifs biodégradables comme le carton recyclé ou le bambou. Outre-Manche, où les funérailles vertes ont le vent en poupe depuis 1993, on compterait désormais 200 cimetières écologiques… Au Canada aussi, cette approche est promue depuis 2006 par the
Center for Natural Burial, une coopérative qui veut développer les cimetières verts et propose du coup une approche globale des funérailles écologiques. Ces cimetières d’un nouveau genre sont des forêts parsemées de clairières : les arbres ne portent qu'un écriteau très simple mentionnant le nom de la personne, de manière à donner à ces forêts l'aspect le plus naturel possible, et l’ensemble est géré comme une réserve naturelle ouverte à tous, rendant plus bucoliques les traditionnelles visites familiales du dimanche au cimetière. Autre intérêt environnemental de cette approche : elle évite la classique dalle de marbre, autrefois originaire de Bretagne ou des Vosges, et désormais importée de Chine ou d’Inde. Les partisans de ce que certains appellent déjà le "Green Goodbye" (adieu vert) cherchent par cette pratique à limiter leur impact sur la pollution atmosphérique, et y trouvent une option aussi écologique, simple et originale qu’économique, puisque ce type d'enterrement coûte moins du quart d'une cérémonie classique. L’idée a d’ores et déjà fait son chemin en France : il existe déjà à Pruillé, au sud d'Angers, un parc funéraire où les pierres tombales sont remplacées par des
« arbres de mémoire », au pied desquels des urnes biodégradables sont enterrées. L’inventeur du concept, Joël Freuchet, projette d'ouvrir vingt parcs funéraires en France, mais ses projets risquent de se voir contrarier par la loi : les députés devraient se pencher avant fin 2006 sur un texte adopté au Sénat en juin, interdisant de conserver une urne cinéraire en dehors d'un cimetière ou d'un lieu contigu à un crématorium. Plus exotique, si le disparu était particulièrement attaché aux océans : une entreprise américaine propose d’utiliser les cendres de crémation pour construire un récif de corail artificiel (
www.eternalreefs.com).
9. LES FLEURS
Entre les exploitations intensives à l’autre bout du monde (le Kenya est le premier fournisseur de roses en Europe avec 37% du marché) où des ouvriers mal protégés font pousser avec force pesticides des fleurs ensuite transportées par avion, et les serres hollandaises chauffées et éclairées 24 heures sur 24, point de salut écologique dans les fleurs importées ! Préférez donc des fleurs de production locale, des fleurs champêtres, de la verdure ou mieux encore : des fleurs ou plantes en pots, qui pourront fleurir la tombe pendant quelques temps. Autre option : une société spécialisée de vente en ligne, www.rosavenir.com, s’est lancée en 2005 pour proposer les premières roses équitables de France…
Autre alternative responsable : si le défunt était particulièrement attaché à une cause, ou à une ONG particulière, la famille peut demander qu’au lieu de faire parvenir des fleurs à l’enterrement, ceux qui veulent rendre un hommage au disparu fassent un don à la cause ou à l’association en question. En Angleterre, les Amis de la Terre proposent même un programme « Tribute Fund » permettant de rendre hommage dans la durée à un défunt qui se souciait de cette Terre : les donateurs au fonds sont remerciés et recensés au fil du temps, de l’information est adressée régulièrement à la famille sur l’utilisation des sommes versées, et un mini-site web dédié sera même bientôt proposé… Si cette approche vous tente, contactez l’association qui vous paraît la mieux appropriée et voyez avec eux quelles sont les formules possibles pour lui verser de l’argent en hommage à votre proche disparu, et s’il est possible de garder trace de ces sommes et de leur utilisation.